01/03/2006
La petite histoire de Mr Antoine
C'est vendredi soir que j'ai fait la connaissance de Mr Antoine.
En apparence, on pourrait prendre Mr Antoine pour mon grand -père seulement détrompez-vous il a, à peu de choses près, l'âge de mon père. Sa vie étant ce qu'elle est depuis 19 ans le temps se charge de marquer son corps plus que nécessaire.
Car voilà, Mr Antoine "vit" dans la rue. Atteint d'une maladie grave et dégénérative, il est condamné à très court terme. Il aura juste le temps de voir se terminer cet hiver si froid. Il refuse de dormir en foyer car il se fait voler, insulter et frapper à chaque visite par ses compagnons de galère. Mr Antoine est en fauteuil roulant, il n'a donc pas accès à beaucoup de structures.
Dimanche soir, alors que Mr Antoine finit sa soupe, la police arrive, avertie par un riverain que quelqu'un gêne l'entrée du garage. Belle compassion, au passage. Mais la police ne se sent pas le coeur de virer ce pauvre monsieur mais ne pouvant pas légalement partir sans rien faire, il refile le "bébé" au fameux Zorro : le 115. Comme nous dit gentiment Mr l'agent :
« vous comprenez, moi je ne peux pas vous laisser comme ça, je me couvre, je sors mon parapluie et j'appelle le SAMU social ».
Oui mais le problème c'est que Mr 115 ... ben… c'est pas Zorro ! Les pompiers sont là quelques minutes plus tard et ils nous avouent vite leur impuissance et leur lassitude face à ce genre de situation. En effet, toutes les campagnes de pub "Appelez le 115" mettes ces Messieurs en pétards car eux se coltinent la réalité tout les jours. La réalité c'est que le SAMU social ne peut pas suivre face à la demande. De plus, dans le cas de Mr Antoine, il n'est de toute façon plus admis dans les centres d’hébergements car il n'est pas propre et il boit pour se tenir chaud.
Expliquer moi comment rester propre quand on vit dans la rue et pourquoi ne pas boire pour tenter de se réchauffer un tout petit peu !!!
L'état de Mr Antoine nécessite une hospitalisation oui, mais voilà, l'hôpital refuse de le garder plus de quelques heures, le temps de refaire ses pansements et de le shooter à la morphine pour lui faire supporter sa douleur. La douleur, car Mr Antoine s'est fait amputé de ses 10 doigts de pieds, il y a 2 semaines, forcement, ça fait mal.
Au bout de plusieurs coups coup de fil à l’hôpital, le pompier en chef a réussi à le faire accepter en chirurgie pour une nuit seulement. Mais le problème se posera à nouveau demain. « Pour des gens comme lui, nous sommes le dernier maillon, après nous il n’y a plus rien. Tout le monde se dédouane et nous ne pouvons rien faire. » nous confie le pompier.
Alors que faire !
Ce soir, j’ai téléphoné aux services sociaux en expliquant que Mr Antoine avait besoin d’un endroit médicalisé pour finir ses jours au chaud. On m’a répondu qu’il était « ingérable »!!! Alors j’ai demandé auprès de qui porter plainte pour non-assistance à personne en danger quand on le retrouverait mort un matin ! Silence au bout du fil … « On va s’en occuper. » Mais ça reste à vérifier.
Je me demande de plus en plus, dans quel monde je vis …
Ce soir, il neige sur Strasbourg ...
12:25 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note










Commentaires
Que chaque décisionnaire politique mette une fois les mains dans la merde d'un miséreux, d'un exclu et le monde devrait changer durablement.
Écrit par : Nico | 01/03/2006
La vache, la claque !....
Écrit par : Nico, pas le même | 01/03/2006
... bleeding inside...
Écrit par : Cosmic-Lily | 01/03/2006
je ne sais vraiment pas quoi dire... sinon que j'ai honte...
Écrit par : stefletoq | 02/03/2006
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